Ecriture et Mise en scène

Ecriture
Décidément, je n'aime écrire et créer que collectivement. Après deux trilogies, je ne peux qu'en faire le constat étonné (étonné, car j'ai pris l'habitude de me définir comme auteur-conteur et je nous répute solitaires).
Mais sans Chloé Lacan, sans Jeanne Videau, il n'y aurait pas eu de Trilogie Théopolitaine. Ou autrement, différemment, plus lentement, moins délirante.
Sans elles, sans Yannick Jaulin et Abbi Patrix, il n'y aurait pas eu ce Road-movie du Taureau bleu . Sans Jeanne, Marie-Charlotte Biais, Jérémie Schleider et Sébastien Bouhana, il n'y aurait pas eu ce Je, Jackie ci.
Cette fois encore, La méningite des poireaux est le fruit d'un travail collectif : que ce soit lors de la résidence de collectage à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban avec Jeanne, Marie-Charlotte, Sébastien,Yasmina Louaïl et François Huguet ; lors des séances d'écriture sur table, pétillantes ou besogneuses, avec Chloé (beaucoup), Jeanne ou Marie-Charlotte ; ou lors d'improvisations sur scène, avec aussi Alice Noureux (qui a remplacé Jeanne le temps de la grossesse et s'est emparée du projet de tout son cœur et de tout son talent) et Louna Guillot à la lumière.

Et je ne parle pas là des discussions de bistrot, des repas, des promenades, des rencontres passionnantes avec, entre autres, la famille et les collègues de François Tosquelles, avec Lydie Salvaire, Didier Daeninkx et tant d'autres... qui m'ont tant éclairé.

Mise-en-scène
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Un spectacle « brut »
A défaut de pouvoir créer un spectacle d’art brut (il faudrait pour cela être indemne de toute culture artistique, selon l’expression même de Jean Dubuffet), Jeanne et Frédéric appréhenderont les textes comme des matières, des matières textuelles. Matières véhicules de sens, d’émotions, d’expressions, au-delà des gabarits et des règles syntaxiques et grammaticaux. Comme le Dr Tosquelles, nous chercherons, non pas à contenir le sujet, à le comprendre, ou à le dominer, mais à l’aborder en échappant aux normes de représentations et de narrations théâtrales classiques, d’esquiver la linéarité du récit, la définition claire des personnages ou des prises de parole.

Mêlant les textes issus des journaux Trait d’union, les textes de médecins psychiatres et les récits chevaleresques et biographiques nous rapportant la vie de feu Dr Tosquelles.

Sans autre ordre que celui insufflé par notre sensibilité, notre volonté de partage, nous travaillerons à faire entendre la dimension politique et militante contenue dans sa quête consistant à faire entendre au monde sa propre folie. Nous sillonnerons ainsi les sentiers accidentés de la folie, de la recherche thérapeutique, ballotés d’une réflexion médicale à l’expression irrépressible d’un sentiment, assaillis par un contexte politique, empêché par une chimie… chaque chose entrant en résonance avec une autre et la mettant ainsi en question, en mouvement.

Interprétation
Costumes sombres à épaulettes sur chemises blanches, cravates catalanes et grosses lunettes (le tout, trop ajusté pour lui, trop grand pour elle), deux chaises, une table sur laquelle seront posés les extraits de Trait d’union.
Sont-ce deux médecins qui travaillent ? Ou deux malades qui jouent aux docteurs ? Est-ce une représentation théâtrale du Club Paul Balvet ? Une parodie douce de François Tosquelles ? Ou le comité de relecture des articles de Trait d’union ? Ou l’atelier d’imprimerie de l’hôpital ?
Les interprètes seront ici possédés, traversés par ces multiples voix, ils seront les transmetteurs de ce monde qui grouille et inviteront ce dernier à intégrer dans ses rangs ce(ux) qui désordre(nt), ce(ux) qui imprévisible(nt).
La matière textuelle sera traitée sous plusieurs formes, mettant en lumière tour à tour ses différentes qualités : de la poésie sonore à l’avis médical, du récit épique au témoignage, nous travaillerons tour à tour à incarner des personnages, à n’être que de simples véhicules de sons et de sens articulés et non articulés, chantés, psalmodiés, exultés, à prendre l’apparence de maîtres de conférence comme parfois de fantômes, à conter, à chanter, tel un troubadour, la chanson de François.



La musique
L’accordéon, autant comme instrument mélodique que comme potentiel objet de jeux sonores, de souffles et de percussions, accompagnera, soufflera, rugira des présences et des mémoires… Est-ce celui que l’on entend dans La fête prisonnière ou dans Regard sur la folie de Mario Ruspoli, deux films sur Saint-Alban ? Est-ce celui des chants de la guerre d’Espagne, de la Catalogne et de la République ? Il accompagne, berce et entre en lutte avec les mots des malades ou des médecins pour en révéler la douceur, la peine et la révolte.



La scénographie
La pile des feuillets déjà lus, unique et obsédant matériau du spectacle, deviendra au fur et à mesure du spectacle le véhicule de l’indicible, représentant en premier lieu le véridique atelier de pliage puis cédant progressivement la place à l’expression de l’inénarrable, la matière qui ouvre sur un nombre de possibles infini, du signe le plus désuet au plus signifiant, du plus anecdotique au plus symbolique. Des pliages enfantins : ces petits sacs dont parle l’un des malades et qu’il espère voir partir pour « l’Inde mystérieuse », des chapeaux pointus-Turlututu, des bateaux comme des nefs de fous du Moyen-Âge voguant de ville en ville et emportant leur cargaison d’insensés, des bateaux-hommage à Auguste Forestier, autre artiste majeur de l’Art Brut de Saint-Alban, fleurs, cocottes…Ils seront l’évocation des ateliers d’ergothérapie dont parlent tant les textes des malades et des médecins, l’allusion aux créations d’art brut de Marguerite Sirvins, qui à Saint-Alban commença par plier du papier crépon pour s’en faire une cape, avant de se lancer dans la broderie ou la conception de sa fameuse robe nuptiale pour laquelle elle est aujourd’hui mondialement connue, la trace des souvenirs de Jeanne et Frédéric, du souvenir de ce malade à Saint-Alban qui passait des heures entières à plier et replier des journaux… 
Et la pliure n’est-elle pas l’image adoucie de la folie, cet endroit de l’être qui chez le fou a plié pour ne pas rompre ? A moins qu’elle ne soit l’image de cet endroit secret de l’être qui permettra au patient, un jour, de s’ouvrir ?
Envahissant petit à petit le plateau, lettres sans adresse, mémoires de presse, thèses scientifiques et cocottes en papier constitueront bientôt la matière plastique obsédante structurant et déstructurant l’espace de jeu.














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