F. Tosquelles

Saint-Alban et le désialiénisme

Il y a du Sancho Pancha et du Don Quichotte chez ce catalan, militant du POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste), lorsque nommé médecin-chef de l’armée républicaine, il préfère enrôler des prostituées plutôt que des psychiatres pour soigner ses malades sur le front, « parce qu’elles au moins connaissent les hommes ». Ou lorsqu’il refuse de regrouper massivement les malades en zone arrière (comme ça c’était toujours fait) et qu’il décide de les soigner sur le front pour éviter de les chroniciser. Ou lorsqu’il fuit les milices franquistes ET communistes en glissant sur les pentes des Pyrénées françaises à cheval sur son bâton de marche à en user ses semelles emportant pour seuls bagages des livres (celui d’Herman Simon, la thèse de Lacan et les idées de Marx). Ou lorsqu’il accepte de venir travailler à Saint-Alban-sur-Limagnole, parce que ça n’est pas sur sa carte de géographie. Ou lorsqu’avec ses collègues, il sauve leurs patients de la faim et du froid en les faisant sortir de l’asile pour travailler aux champs ou pour ramasser des champignons, ou en inventant un service de tuberculeux, pour que l’hôpital bénéficie d’aide alimentaire supplémentaire. Alors que sur la même période 40 000 malades mentaux français mourront abandonnés dans leurs cellules. Ou lorsqu’ils font abattre les murs de l’hôpital par les malades eux-mêmes. Ou lorsque pour soigner les fous, ils entreprennent d’abord de soigner l’hôpital avec des ateliers d’ergothérapie, les soirées du vendredi, un Club, un journal….

Ce « déconniâtre », comme il se définissait lui-même, n’a pas travaillé seul. Bien au contraire et c’est même là le cœur de sa pratique. Avec d’autres médecins dont Lucien Bonnafé, Paul Balvet, Jean Oury, Frantz Fanon, Robert Million, Maurice Despinoy…, avec des philosophes dont Georges Canguilhem, et des surréalistes dont Paul Eluard, Tristan Tzara, Louis Parrot, Jean Dubuffet… et avec la bonne volonté de tout le personnel et des malades eux-mêmes, François Tosquelles, plein de ce qu’il avait vu, vécu, expérimenté sur le front en Espagne, pose les bases du « désialiénisme » (qui plus tard prendra le nom de « psychothérapie institutionnelle ») et de la notion de « secteur »…


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire